Programmé sur cinq jours, le procès des 18 Vitryats accusés d'avoir participé aux émeutes devrait finalement
s'achever ce soir. Un procès plus court que prévu, en raison sans doute du silence des prévenus qui s'obstinent à nier, au pire et à minimiser, au mieux leur rôle dans ces violences urbaines
perpétrées il y a tout juste un an. Hier, le tribunal s'est plus particulièrement penché sur le saccage de la gare et du Super U.
« Ce soir-là, vous êtes actif du début à la fin », accuse le président du tribunal, à l'un des prévenus les plus âgés de ce dossier. Au second jour de ce procès, on entrait enfin dans le vif du
sujet, le tribunal ayant la ferme intention de mettre un nom sur les meneurs de ce que le président, lui-même a nommé « guerilla urbaine ». Que nenni ! Le prévenu expliquant avoir « regardé les
autres jeter les cailloux », alors que quelques minutes auparavant, il avait admis avoir rempli un vieux sceau de pierres. « Les gendarmes me prenaient la tête pendant ma garde à vue et je leur
ai dit ce qu'ils voulaient entendre ». Et le président Hanesse de rétorquer : « Vous avez réitéré vos propos devant le juge d'instruction, en présence de votre avocat mais en l'absence des
gendarmes ». Peu convaincu par la ligne de conduite tenue par son client, Me Beyer lui a intimé l'ordre de se défendre. Un autre a parlé « de pressions » de la part des gendarmes : « Je connais
leur système, je ne leur fais pas confiance… » Un 3e n'hésitera pas à apostropher le procureur : « Vous avez déjà été en garde à vue ? On nous cuisine pendant des heures ».
Question. « Pourquoi allez-vous à la gare ce soir-là ? ». Réponse. « Pour casser… mais j'ai changé d'avis ».
À un autre prévenu : « A qui avez-vous téléphoné ce soir-là ? », questionne le
président. « Je ne me souviens plus ». Et quand le tribunal évoque des témoignages mettant en cause plusieurs
d'entre eux, certains assurent avec aplomb : « C'est par vengeance ! ».
Durant ces deux jours d'audience, l'ensemble des prévenus gardera cette ligne de conduite que dénoncera le procureur Laurens dans ses réquisitions. Dominique Laurens qui mis un point d'honneur à
suivre ce dossier jusqu'à son dénouement.
« C'était le cahot ! »
« J'étais à Vitry ce soir du 14 juin 2008. Je garde de cette nuit un souvenir douloureux ». La représentante du Parquet définit alors cette nuit dramatique : « C'était le cahot ! ». La voix
ferme, c'est droit dans les yeux des 18 prévenus que Dominique Laurens affirme : « On a évité un 2e meurtre ! On a assisté au spectacle d'une meute qui a perdu tout sens de l'humain ». Elle
évoque, « ce ciel rouge, cette odeur de pneus brûlés et surtout, le père de Mohamed Dib, seul sur le parking de l'hôpital. Il était seul, vous
n'étiez pas là pour l'accompagner dans sa douleur », accuse le procureur. « En sortant de l'hôpital, nous l'avons trouvé prostré au même endroit. Pas très loin, se trouvaient deux victimes de
violences, une mère et son fils que nous avons dû escorter jusqu'à chez elles. Le télescopage de ces images restera à jamais gravé en moi ».
Elle a ensuite insisté sur cette notion de groupe, « même si celle de bande organisée ne figure pas dans le code pénal » mais en insistant, « C'est pourtant une réalité. 10 à 20 jeunes gens se
sont acharnés à tout détruire cette nuit-là ».
À l'issue d'un réquisitoire de près de deux heures, le procureur de la République a requis jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour les plus actifs. Ce matin, place aux plaidoiries de la Défense avec
un jugement sans doute attendu dans
l'après-midi.
Corinne Lange
Précision : C'est bien Madame le
procureur qui a fait escorter MLB et LLB, mais pas à notre domicile, chez des amis que nous remercions de nouveau du fonds du coeur..
La tâche sera rude à partir de ce matin pour les avocats de la Défense. Hier en tout cas, plusieurs se
sont indignés sur la question de l'indemnisation des victimes n'hésitant pas à taxer de « scandaleux », le procédé employé par leurs confrères de la partie civile. « Aujourd'hui, 11 victimes
n'ont toujours pas été indemnisées, ce n'est pas normal. Si leur avocat avait leur travail correctement, cela ne devrait pas être le cas », accuse un avocat de la Défense.
Le juriste se réfère à l'Article L. 2216-3 du code général des collectivités territoriales qui dit ceci : L'État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits
commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens.
Ce qui n'aurait absolument pas empêché ces mêmes victimes de se porter partie civile et « à ce moment-là, c'est l'Etat qui aurait réclamé l'indemnisation. Et toutes ses personnes disposeraient
d'un véhicule neuf depuis près d'un an ».
C.L
« Vous pouvez mentir bien sûr, mais quand on ment, mieux vaut ne pas se faire prendre la main dans le sac. » À
plusieurs reprises au cours de ce procès, le président du tribunal a rappelé aux prévenus qui s'obstinaient à nier leur implication dans ces émeutes, que « la technologie, elle ne mentait pas
».
Plusieurs accusés ont ainsi été identifiés grâce à la vidéosurveillance notamment celle installée à proximité de l'enseigne Super U, la proie de jets de pierre ce 14 juin 2008. « On vous
reconnaît clairement ! », assène le président Hansenne à l'un d'entre eux avant de décrire les vêtements qu'il portait ce soir-là.
L'itinéraire de plusieurs prévenus au cours de cette nuit a pu être tracé grâce à leur téléphone portable. « On sait que vous avez passé vingt coups de téléphone à un autre prévenu ce soir-là.
Pourquoi ? » a questionné le président du tribunal.
Mais également : « Vous avez passé vingt-six coups de téléphone entre 20 heures et 2 heures du matin. »
Grâce au portable d'un autre prévenu, l'enquête a pu déterminer que son propriétaire
était sorti de Vitry-le-François, alors même qu'il niait ce fait, afin de participer à la chasse à l'homme
organisée pour mettre la main sur le meurtrier présumé de Mohamed Dib.
L'ADN d'au moins deux prévenus a pu être identifié dans ce dossier. Le sang du premier a été retrouvé dans une voiture détruite et celui d'un second, sur deux pierres projetées contre les vitres
de la gare.
Présent à son procès, un Vitryat a été invité par le président à s'expliquer sur son refus à se soumettre à un test ADN. « Il y a trop d'erreurs judiciaires et d'innocents condamnés à cause de
l'ADN. »
Enfin, la carte bancaire de l'un d'entre eux a permis d'établir qu'il avait acheté deux bidons d'essence, sans doute pour mettre le feu à un poids lourd stationné à Rome-Saint-Charles.
C.L.
4-)
Hier après-midi, dans leurs plaidoiries, les avocats des différentes parties civiles, 16 au total n'ont
pas mâché leurs mots à l'encontre des 18 prévenus. Pour Me Cornu, conseil du SDIS 51, « aucun n'a pris la mesure de la gravité des faits. Ils se sont véritablement trompés de cibles en s'en
prenant aux pompiers », déplorant l'absence de réponse dans ce procès. « Je m'interroge comment à partir de la mort de Mohamed Dib, on a pu avoir recours à des actes de violence contre les
pompiers. Pour moi, c'est très clair : ce jour-là, on voulait se faire la peau d'un pompier ».
Me Roch pour la SNCF interpelle les prévenus : « Pourquoi s'attaquer à une entreprise qui n'a absolument rien à voir ? Les victimes attendent une réponse ferme de la part de la Justice ». Assez
peu optimiste en ce qui concerne leur indemnisation, l'avocat souhaite une sanction appropriée : « Réparer ce que l'on a détruit permet de comprendre son erreur ».
L'avocat de la commune de Vitry-le-François et de la communauté de communes de Vitry évoque « une nuit de terreur ». Le préjudice pour ces deux entités a été estimé à plus de 42 000 euros.
« Ce soir-là, c'est une horde sauvage qui s'est
attaquée à une tradition vitryate », n'a pas hésité à lancer, l'avocat de Vitry Habitat. Si plus de 115 000
euros de dégâts ont été recensés, le juriste ne réclame que 1 euro de dommage et intérêt.
L'avocat de trois victimes, lui n'a pas mâché ses mots : « Vous avez fait une gigantesque connerie ! », accuse t-il, pointant du doigt les prévenus. « On a essayé d'obtenir des explications de
vous mais il n'y en a pas ». Et d'enfoncer le clou : « Je ne suis pas sur que Mohamed Dib, là où il est, approuve ce que vous avez fait ». Il est le seul à réclamer un pardon pour ses clients. «
Les victimes ont besoin d'entendre ce pardon afin de pouvoir tourner la page de ce dramatique épisode ».
Pour une famille, victime de violences physiques lors de ces émeutes, une explication s'impose. « Elle doit comprendre pourquoi on s'en est pris à
elle ce soir-là. Depuis, elle a dû déménager pour pouvoir tourner cette même page. Aujourd'hui encore, elle a peur ».
C.L
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